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Indemnisation des personnes expropriées

Lorsqu’un bien est exproprié pour cause d’ utilité publique , son propriétaire a droit à une indemnisation juste et préalable . Cette indemnité vise à compenser la perte du bien et à réparer l’ensemble des préjudices causés par l’expropriation. Selon les situations, des indemnités accessoires peuvent également être accordées. Nous vous présentons les informations à connaître.

Quel est le préjudice indemnisable en cas d’expropriation ?

Lorsqu’un bien est exproprié, le propriétaire peut demander une indemnisation pour compenser l’intégralité des préjudices subis.

Cependant, tous les dommages ne donnent pas droit à une indemnisation. Pour être indemnisé, le dommage doit remplir plusieurs conditions cumulatives . Il doit :

Comment est fixée l’indemnité principale d’expropriation ?

Le propriétaire exproprié reçoit une indemnité principale qui correspond à la valeur vénale de son bien. Cette somme doit permettre de replacer l’exproprié dans une situation équivalente à celle qu’il occupait avant l’expropriation.

Le montant de cette indemnité principale va être fixée en prenant en compte la consistance du bien et l’évaluation de sa valeur vénale.

Détermination de la consistance des biens

Avant de fixer le montant de l’indemnité, il faut d’abord déterminer la consistance du bien exproprié . Cela signifie que l’indemnité principale va tenir compte de la composition matérielle du bien et des droits qui y sont attachés.

Tous les éléments matériels du bien doivent ainsi être pris en considération, à savoir :

Les droits attachés au bien exproprié sont également inclus. Il s’agit notamment des baux (habitation, commercial ou rural) et des servitudes (légales ou conventionnelles ).

Évaluation des biens

L’indemnité principale d’expropriation doit correspondre à la valeur vénale du bien exproprié, c’est-à-dire au prix auquel il aurait pu être vendu sur le marché immobilier dans des conditions normales.

Pour aider les personnes expropriées à apprécier cette valeur, un service en ligne permet d’accéder aux informations relatives aux ventes de biens immobiliers comparables (type de bien et superficie similaire).

Il est accessible depuis l’espace particulier du site impots.gouv.fr :

Impôts : accéder à votre espace Finances publiques

Ce service fournit des données sur les ventes intervenues dans le même secteur géographique et sur une période donnée.

Les informations communiquées concernent notamment :

Ces éléments permettent de comparer le bien exproprié à des biens similaires et de déterminer une estimation réaliste de sa valeur. Seules les transactions intervenues au cours des 9 dernières années peuvent être consultées.

Évaluation des bâtiments expropriés

En l’absence d’accord entre l’ expropriant et l’exproprié sur la valeur du bien, le juge de l’expropriation fixe le montant de l’indemnité principale.

Le juge de l’expropriation choisit alors librement la méthode d’évaluation la plus adaptée à la situation. En effet, plusieurs méthodes d’évaluation peuvent être utilisées selon la nature du bien et les circonstances :

À savoir

La personne expropriée peut présenter au juge la méthode d’évaluation qu’elle souhaite voir retenue. Elle a également le droit de contester les réductions ou abattements proposés par l’ expropriant ou le commissaire du gouvernement , en fonction de la situation de son bien.

L’immeuble doit toujours être évalué selon son état réel et les conditions du marché. L’estimation ne peut donc pas se fonder sur des constructions neuves. Elle ne peut pas non plus se fonder sur les prix affichés dans les agences ou sur les promesses de vente, qui constituent seulement des indications.

Évaluation des fonds de commerce

L’expropriation ne peut concerner que des biens immobiliers (terrains, bâtiments etc) ou des droits réels immobiliers . Un fonds de commerce, qui est un bien mobilier immatériel (comme la clientèle ou le nom commercial), ne peut donc pas être exproprié directement. En pratique, c’est l’immeuble où se trouve le commerce qui peut être exproprié. Le fait d’être exproprié entraîne alors la perte de l’activité commerciale.

Dans ce cas, l’expropriant doit verser une indemnité d’éviction  :

En cas de désaccord sur le montant de l’indemnité, il reviendra au juge de l’expropriation de fixer sa valeur.

À savoir

La perte de clientèle ou la cessation d'activité ne peuvent donner lieu à indemnisation que si elles sont la conséquence de l' expropriation.

Le juge de l’expropriation détermine librement les critères nécessaires à l’évaluation du fonds de commerce. Le plus souvent, il utilisera une méthode comparative qui consiste à évaluer le commerce exproprié avec d’autres commerces similaires récemment vendus ou estimés dans le même secteur d’activité et la même zone géographique. Cette méthode repose sur les données du marché et les barèmes de référence établis pour chaque type de commerce (par exemple, cafés, boulangeries, pharmacies, salons de coiffure, etc.).

En pratique, cela consiste à appliquer un coefficient de valorisation à l’un ou plusieurs des indicateurs économiques du commerce :

Le coefficient retenu traduit la rentabilité du fonds de commerce : plus l’activité est stable, réputée et bien située, plus la valeur estimée sera élevée.

Cette méthode permet ainsi de fixer une valeur marchande réaliste du fonds de commerce, reflétant sa position sur le marché au moment de l’expropriation.

À noter

Lorsque le commerçant transfère son activité à la suite de l’expropriation et qu’il ne subit aucune perte de clientèle, l’indemnité peut être calculée sur la valeur du droit au bail .

Quelles sont les indemnités accessoires en cas d’expropriation ?

Les indemnités accessoires ont pour but de compenser les préjudices né de la privation du bien immobilier, autre que la perte de sa valeur vénale .

Indemnité de remploi

L’indemnité de remploi a pour but de permettre au propriétaire exproprié de faire face aux frais qu’il devra engager pour utiliser l’indemnité principale reçue.

Cette indemnité vise ainsi à couvrir les dépenses nécessaires lors de l’acquisition d’un bien similaire à celui perdu (recherches du bien, frais de notaire, droits d’enregistrement et, plus largement, tous les frais liés à l’achat), pour un prix égal au montant de l’indemnité principale.

C’est pourquoi son montant est calculé en proportion de l’indemnité principale. En pratique, le juge fixe cette indemnité dans une fourchette généralement comprise entre 15 % et 30 % de l’indemnité principale.

À savoir

L'indemnité de remploi est due même si le propriétaire exproprié ne procède pas au rachat d’un bien de remplacement.

Il existe néanmoins 2 limites à l’indemnité de remploi :

Autres indemnités accessoires

Les indemnités accessoires ont pour but de réparer les préjudices qui sont la conséquence directe de l’expropriation .

Il peut s’agir, par exemple d’une :

À savoir

Lorsque l’ expropriant n’a pas formulé d’offre pour les indemnités accessoires, l’exproprié peut en solliciter directement le paiement devant le juge de l’expropriation du tribunal judiciaire situé dans le département du lieu de l’expropriation. Il n’y a pas de formalité supplémentaire à effectuer.

Direction de l'information légale et administrative

28/11/2025

Où s'adresser

Agence départementale pour l'information sur le logement (Adil)

Définitons

Utilité publique : Utilité publiqueIntérêt supérieur de la collectivité par rapport aux intérêts privés

Préjudice matériel : Préjudice matérielAtteintes aux biens d'une personne ou à ses intérêts financiers.

Valeur vénale (bien immobilier) : Valeur vénale (bien immobilier)Montant estimé du prix qui pourrait être obtenu pour un bien, en cas de vente dans les conditions normales de marché

Servitude : ServitudeContrainte imposée sur une propriété pour l’usage et l’utilité d’un bien immobilier appartenant à un autre propriétaire (par exemple, droit de passage ou de vue sur les propriétés voisines)Code civil : article 637

Servitude conventionnelle : Servitude conventionnelleServitude créée par un accord entre 2 propriétaires de terrains

Expropriant : ExpropriantPersonne publique (État, collectivité territoriale ou établissement public) qui met en œuvre une procédure d’expropriation pour cause d’utilité publique

Abattement : AbattementRéduction forfaitaire ou proportionnelle appliquée sur la base de calcul (revenus, valeur d'un bien, etc.) d'un impôt

Commissaire du gouvernement : Commissaire du gouvernementReprésentant de l’administration qui veille à l’application correcte de la loi et formule des propositions d’indemnisation dans l’intérêt de la collectivité publique

Droit réel immobilier : Droit réel immobilierDroit détenu par une personne sur une chose immobilière. Par exemple, un titre de propriété constitue un droit réel immobilier sur une construction et/ou un terrain.

Fonds de commerce : Fonds de commerceEnsemble des éléments affectés à l'exercice d'une activité commerciale ou industrielle. L'élément essentiel du fonds de commerce est la clientèle. Il comprend également le droit au bail, l’enseigne et le nom commercial, les marques de fabrique, les brevets d’inventions, les licences ainsi que le mobilier, le matériel et l’outillage servant à l’exploitation du fonds.

Indemnité d’éviction : Indemnité d’évictionSomme d’argent versée à un commerçant ou un artisan pour compenser la perte de son fonds de commerce ou le préjudice subi du fait du départ forcé

Recettes (comptabilité) : Recettes (comptabilité)Montant total des encaissements réalisés par l’entreprise au cours de l’année comptable

Droit au bail commercial : Droit au bail commercialÉlément du fonds de commerce qui permet au locataire de rester dans le local. En cas de cession du bail commercial, il est transmis à l'acquéreur et lui permet de reprendre le bail existant pour la durée restant à courir en contrepartie d’une somme d’argent. La valeur du droit au bail dépend de la durée du bail, la situation géographique, le montant du loyer, etc.

Valeur vénale : Valeur vénaleMontant estimé du prix qui pourrait être obtenu pour un bien, en cas de vente dans les conditions normales de marché. Permet d'enregistrer comptablement des biens entrant dans un patrimoine (succession, donation, transmission d'entreprise, etc.).

Déclaration d’utilité publique : Déclaration d’utilité publiqueActe qui autorise légalement l’administration à acquérir ou à exproprier des biens privés pour réaliser un projet jugé nécessaire à la collectivité. Elle est prononcée à l’issue d’une enquête publique et elle marque le point de départ de la procédure d’expropriation.

Références

Code de l'expropriation pour cause d'utilité publique : article L321-1 Livre des procédures fiscales : article L 107 B Livre des procédures fiscales : article R*107 B-1 Livre des procédures fiscales : article R*107 B-2 Code de l'expropriation pour cause d'utilité publique