Accueil particuliers / Logement / Expropriation / Procédure d’expropriation

Procédure d’expropriation

L’expropriation est une procédure encadrée par la loi qui permet de contraindre un propriétaire à céder son bien (appartement, maison, terrain etc) pour la réalisation d’un projet reconnu d’utilité publique . En contrepartie, le propriétaire reçoit une indemnité juste et préalable. La procédure d’expropriation est engagée par une personne publique . Elle est divisée en une phase administrative et une phase judiciaire . Nous vous présentons les informations à connaître.

Qu’est-ce que l’expropriation ?

L’expropriation est un mécanisme qui permet de contraindre un propriétaire à céder (transférer la propriété) son bien (appartement, maison, immeuble, terrain etc.), dans un but d’utilité publique et contre une indemnité juste et préalable.

L’expropriation est mise en œuvre lorsqu’aucun accord amiable n’a pu être conclu, pour permettre aux personnes publiques (État, collectivités territoriales etc.) ou privées d’acquérir les biens nécessaires à la réalisation de leurs missions, notamment la réalisation d’ouvrages publics et d’aménagements urbains. C’est ce qu’on appelle une prérogative de puissance publique .

Il s’agit ainsi d’un mode de cession forcée de la propriété qui peut être utilisée à l’encontre d’un particulier ou d’une personne morale .

À savoir

L’expropriation ne doit pas être confondue avec le droit de préemption urbain , qui est un droit d’achat prioritaire exercé par une commune sur un bien mis en vente dans une zone urbaine. La préemption respecte la volonté initiale du propriétaire de céder son bien , tandis que l’expropriation permet, à l’inverse, d’obliger le propriétaire à vendre malgré son refus.

Quels sont les biens concernés par l’expropriation ?

Tous les biens immobiliers ou droits immobiliers appartenant à une personne privée ( physique ou morale ) peuvent être expropriés.

Notamment :

L'expropriation peut porter sur la totalité du bien ou sur une partie de celui-ci.

À savoir

Il est possible d’exproprier un immeuble classé monument historique lorsque le propriétaire refuse d’exécuter les travaux nécessaires à sa conservation ou lorsque le monument présente un intérêt public historique ou artistique.

Qui peut décider de recourir à l’expropriation ?

Seul l’État a la compétence pour décider d’une expropriation.

Elle peut néanmoins être mise en œuvre à la demande ou au bénéfice d’autres personnes publiques. C’est le cas, par exemple, des collectivités territoriales ou des établissements publics.

La loi peut également habiliter des personnes privées à recourir à l’expropriation. C’est le cas, par exemple, des concessionnaires d’ouvrages de transport ou de distribution d’électricité ou d’installations hydrauliques.

Quelles sont les conditions pour recourir à l’expropriation ?

Pour recourir à l’expropriation d’un bien, il faut que toutes les conditions suivantes soient remplies :

Quelles sont les étapes de la procédure d’expropriation ?

La procédure d’expropriation est séparée en 2 phases, à savoir une phase administrative et une phase judiciaire .

Phase administrative

La procédure d’expropriation débute par une phase administrative qui se déroule en 4 étapes  :

Enquête préalable

L’enquête préalable à l’expropriation a pour objectif d’ informer le public sur le projet envisagé. Elle permet à toute personne intéressée de formuler ses observations ou ses remarques sur l’opération d’expropriation.

Cette étape de consultation vise ainsi à recueillir le plus grand nombre d’avis afin d’éclairer l’administration sur l’ utilité publique du projet avant toute décision.

À savoir

Avant la mise en place de l’enquête préalable, l’administration peut, de façon facultative, consulter le public en organisant un débat public ou un référendum.

L’enquête préalable se déroule en plusieurs étapes  :

À savoir

Dès l’ouverture de l’enquête préalable, l’ expropriant peut notifier aux propriétaires concernés une offre d’indemnité et les inviter à indiquer le montant de leur propre demande.

Déclaration d’utilité publique

Au vu des résultats de l'enquête du commissaire-enquêteur, si l'utilité publique du projet est identifiée, le préfet prononce, par un arrêté, une déclaration d'utilité publique (DUP) .

À savoir

Pour certains domaines, la DUP peut être prise par un arrêté en Conseil d’État. C’est le cas, par exemple, pour des travaux de création d’autoroute, d’aérodrome ou de canaux de navigation d’une longueur supérieure à 5 km.

La DUP doit indiquer :

L’acte déclaratif d’utilité publique doit être publié au Journal officiel s’il a la forme d’un décret ou par voie d’affichage dans les communes concernés s’il a été pris par arrêté préfectoral. Il n’y a donc pas de notification individuelle aux personnes concernées.

À noter

L'acte déclarant l'utilité publique doit intervenir au plus tard 1 an après la clôture de l'enquête préalable . Ce délai peut être prolongé dans certains cas.

Enquête parcellaire

L’enquête parcellaire a pour but de :

À savoir

L’enquête parcellaire peut être menée postérieurement à la déclaration d’utilité publique (DUP) ou parallèlement à l’enquête publique préalable.

L ’expropriant adresse ainsi au préfet un dossier contenant un plan parcellaire des terrains et des bâtiments à exproprier ainsi que la liste des propriétaires.

Le dépôt du dossier doit être notifié individuellement aux propriétaires figurant sur la liste contenue dans le dossier ou à leurs mandataires , gérants, administrateurs, par lettre recommandée avec accusé de réception. Cette notification intervient à l’ouverture de l’enquête parcellaire afin de permettre aux propriétaires visés par l’expropriation de formuler leurs observations ou remarques durant l’enquête.

À noter

En cas d' indivision , la notification est faite à chaque coïndivisaire. De même, la notification du dépôt du dossier d'enquête parcellaire est faite à l' usufruitier et au nu-propriétaire .

Le préfet prend ensuite un arrêté qui ouvre l'enquête parcellaire . Cet arrêté est publié dans un journal diffusé dans le département concerné et par voie d’affichage dans les mairies touchées par l’opération d’expropriation.

Mairie

Dans le même temps, le préfet désigne un commissaire enquêteur ou une commission d’enquête, chargé de l’enquête parcellaire.

Le commissaire-enquêteur ou la commission d’enquête donne ensuite un avis sur l’ emprise des ouvrages projetés et établit un procès-verbal de l’opération. Cet avis prend en compte les observations consignées par les propriétaires ou toute personne intéressée par le projet d’expropriation dans les registres mis à leur disposition pendant la durée de l’enquête.

Arrêté de cessibilité

Dès qu’il a reçu le procès-verbal du commissaire enquêteur ou de la commission d’enquête, le préfet prend un arrêté de cessibilité .

Cet arrêté doit :

Le préfet peut exclure des parcelles du dossier d’enquête parcellaire lorsqu’elles ne sont pas nécessaires ou utiles à la réalisation du projet.

À noter

Le préfet peut augmenter l' emprise de l'opération projetée, si cette augmentation est justifiée par le projet et reste limitée.

L’arrêté de cessibilité doit obligatoirement être notifié, par lettre recommandée avec avis de réception, aux propriétaires concernés par le projet d’expropriation. Cette notification doit mentionner les délais et les voies de recours.

De même, l’arrêté de cessibilité doit être transmis dans un délai de 6 mois au greffe du juge de l’expropriation.

Attention

L’arrêté de cessibilité constitue le dernier acte de la phase administrative de l’expropriation. Il n’opère toutefois pas de transfert de propriété. À ce stade, les propriétaires conservent leurs droits sur leurs biens . En l’absence d’accord amiable, c’est au juge judiciaire de prononcer la cession (transfert de propriété) du bien par l’ordonnance d’expropriation.

Phase judiciaire

La procédure d’expropriation se poursuit par la phase judiciaire qui a pour but :

Transfert de propriété à l’expropriant

Une fois que le projet d'expropriation a été déclaré d'utilité publique et que l'arrêté de cessibilité a été notifié au propriétaire du bien, l’ expropriant va notifier, par lettre recommandée avec avis de réception, une offre financière au propriétaire.

Cette notification peut prendre la forme d’un courrier classique ou d’un document intitulé « mémoire valant offre ». Ce document contient la désignation précise du bien exproprié (références cadastrales, superficie, situation, etc.), l’évaluation du bien faite par l’expropriant, la proposition d’indemnité formulée au profit du propriétaire et les éléments de calcul et justificatifs de cette estimation.

En cas d’accord sur la proposition indemnitaire, le transfert de propriété se fait par par accord amiable entre la personne publique et la personne expropriée. Cette cession amiable peut s’effectuer soit par acte notarié soit par acte administratif .

En l'absence d'accord, la personne publique saisit le juge de l'expropriation à l’expiration d’un délai d’1 mois suivant la notification de son offre.

Dans ce cas, le dossier transmis au juge par le préfet contient obligatoirement la copie des documents suivants :

Le dossier peut également contenir tous autres documents que le préfet estime utiles.

Le juge de l’expropriation rend alors une ordonnance d’expropriation sur le seul fondement de ce dossier. Les propriétaires ne sont pas invités à comparaitre devant le juge, ni à formuler des observations ou des remarques.

L'ordonnance d'expropriation a pour effet de transférer juridiquement la propriété du bien et les droits réels immobiliers (usufruit, servitude…) de l'exproprié à la personne publique.

À savoir

À ce stade, l'exproprié ne peut donc plus vendre, ni faire de donation, ni constituer d'hypothèque sur le bien.

Le bail signé par un locataire occupant prend également fin.

L’ordonnance d’expropriation doit :

Cette ordonnance doit obligatoirement être notifiée à l’expropriant et à l’encontre de chacun des intéressés. Cette notification peut être effectuée par lettre recommandée avec avis de réception ou par l’intermédiaire d’un huissier (signification).

L’ordonnance d’expropriation entraîne le transfert de propriété à la date où elle est rendue . L’expropriant devient alors propriétaire du bien et ne peut plus renoncer à cette propriété. De même, l’ordonnance met fin aux droits réels et personnels sur le bien.

L’ordonnance d’expropriation doit être publiée au fichier immobilier. Ce registre public est tenu par le service de la publicité foncière dans chaque département.

Service de la publicité foncière et de l'enregistrement

Attention

Tant qu'il n'a pas été indemnisé par la personne publique, l'exproprié conserve la jouissance du bien. En effet, le transfert de propriété ne permet pas la prise du possession du bien. Celle-ci est conditionnée par le paiement d’une indemnité.

Indemnisation de l’exproprié

Dès l’ouverture de l’enquête préalable à la déclaration d’utilité publique, l’expropriant peut notifier aux propriétaires concernés une offre d’indemnité et les inviter à indiquer le montant de leur propre demande.

Les expropriés disposent d’un délai d’1 mois à compter de cette notification pour répondre par écrit , soit en acceptant l’offre, soit en présentant leur demande chiffrée et motivée.

En cas de désaccord, c’est le juge de l’expropriation qui fixe le montant de l’indemnité. La procédure est écrite et contradictoire .

Elle se décompose en plusieurs étapes :

La prise de possession du bien interviendra après le paiement de l’indemnité d’expropriation définitivement fixée par le juge. L’expropriant a un délai de 3 mois pour payer ou consigner l’indemnité. Sinon, il devra payer des intérêts moratoires .

À savoir

Si, dans le délai d'un an à compter de la décision définitive fixant le montant de l'indemnité, celle-ci n'a été ni payée ni consignée, l'exproprié peut demander au juge qu'il soit à nouveau statué sur ce montant. Cette demande devra être réalisée par un avocat.

Direction de l'information légale et administrative

28/11/2025

Définitons

Personne publique : Personne publiquePersonne morale de droit public disposant d’une autonomie juridique et financière, chargée d’une mission d’intérêt général et bénéficiant, pour l’accomplir, de prérogatives spécifiques

Prérogative de puissance publique : Prérogative de puissance publiquePouvoir ou un droit exceptionnel reconnu à une personne publique (comme l’État, une collectivité territoriale, un établissement public) lui permettant d’imposer unilatéralement sa volonté, dans l’intérêt général, et en dehors du droit commun applicable

Personne morale : Personne moraleGroupement de personnes physiques réunies pour accomplir quelque chose en commun (entreprises, sociétés civiles, associations, État, collectivités territoriales, etc.). Ce groupe peut aussi réunir des personnes physiques et des personnes morales. Il peut aussi n'être constitué que d'un seul membre (entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée - EURL - par exemple).

Personne physique (versus personne morale) : Personne physique (versus personne morale)Individu, être humain

Servitude : ServitudeContrainte imposée sur une propriété pour l’usage et l’utilité d’un bien immobilier appartenant à un autre propriétaire (par exemple, droit de passage ou de vue sur les propriétés voisines)Code civil : article 637

Collectivité territoriale : Collectivité territorialeCommune, département, région, collectivité à statut particulier, collectivité d'outre-merConstitution du 4 octobre 1958

Utilité publique : Utilité publiqueIntérêt supérieur de la collectivité par rapport aux intérêts privés

Expropriant : ExpropriantPersonne publique (État, collectivité territoriale ou établissement public) qui met en œuvre une procédure d’expropriation pour cause d’utilité publique

Arrêté préfectoral : Arrêté préfectoralDécision écrite rendue par un préfet

Notification : NotificationFormalité par laquelle un acte de procédure ou une décision est porté à la connaissance d’une personne

Hypothèque : HypothèqueDroit sur un bien immobilier accordé à une personne à qui l'on doit de l'argent en garantie du paiement de sa dette

Droit réel immobilier : Droit réel immobilierDroit détenu par une personne sur une chose immobilière. Par exemple, un titre de propriété constitue un droit réel immobilier sur une construction et/ou un terrain.

Mandataire : MandatairePersonne chargée par une autre de la représenter et d'agir en son nom

Indivision : IndivisionSituation dans laquelle deux ou plusieurs personnes sont propriétaires ensemble d'une même chose ou d'un même ensemble de choses (exemples : maison, portefeuille de titres, meubles, bijoux). L'indivision peut être créée volontairement (par exemple lors d'un achat à plusieurs, même dans des proportions inégales) ou résulter d'une situation de fait (indivision entre des héritiers d'une succession).Code civil : articles 815 à 815-1

Usufruitier : UsufruitierPersonne qui bénéficie d'un droit qui lui permet d'utiliser un bien et d'en percevoir des revenus locatifs, sans pouvoir en disposer, notamment le vendre

Nu-propriétaire : Nu-propriétairePropriétaire d'un bien dont il peut disposer sans pouvoir l'utiliser, ni en avoir la jouissance attribuée à un usufruitier, ni en tirer un revenu locatif. Le nu-propriétaire peut vendre son droit de propriété, sans vendre la jouissance du bien.

Emprise au sol d'une construction : Emprise au sol d'une constructionProjection verticale du volume de la construction, tous débords et surplombs inclus. Toutefois, les ornements (exemple : marquises) sont exclus, ainsi que les débords de toiture lorsqu'ils ne sont pas soutenus par des poteaux ou des encorbellements.

Acte administratif (expropriation) : Acte administratif (expropriation)Acte établi directement par l’administration expropriante, qui transfère la propriété du bien sans intervention d’un notaire. Cet acte a la même valeur qu’un acte notarié.

Commissaire du gouvernement : Commissaire du gouvernementReprésentant de l’administration qui veille à l’application correcte de la loi et formule des propositions d’indemnisation dans l’intérêt de la collectivité publique

Indemnité de remploi : Indemnité de remploiIndemnité destinée à l’acquisition d’un bien de remplacement, équivalent à celui exproprié

Consignation d'une somme d'argent : Consignation d'une somme d'argentVersement de sommes d'argent à titre de garantie auprès de la Caisse des dépôts et consignations

Intérêts moratoires : Intérêts moratoiresMajoration automatique, exprimée en pourcentage, des sommes à verser au titulaire d'un marché par un organisme public, lorsque celui-ci ne respecte pas le délai contractuel ou réglementaire de paiement des prestations prévues au contrat

Références

Code de l'expropriation pour cause d'utilité publique : article L1 Code de l'expropriation pour cause d'utilité publique : article R112-1 Code de l’expropriation pour cause d’utilité publique : articles L121-1 à L121-5 Code de l’expropriation pour cause d’utilité publique : article L131-1 Code de l'expropriation pour cause d'utilité publique : articles R131-3 à R131-8 Code de l’expropriation pour cause d’utilité publique : art L132-1 à L132-4 Code de l'expropriation pour cause d'utilité publique : article L220-1 Code de l'expropriation pour cause d'utilité publique : articles L222-1 à L222-4 Code de l'expropriation pour cause d'utilité publique : articles L311-1 à L311-9 Code de l'expropriation pour cause d'utilité publique : articles L311-1 à L323-5 Code de l'expropriation pour cause d'utilité publique : article L231-1